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Bulletin crypto – semaine 415

Au cours du week-end, le Bitcoin a subi une chute soudaine d’environ 5 %, passant brièvement sous les 86 000 $. Cette correction éclair est survenue après plusieurs jours de stagnation autour de 91 500 $, niveau où l’actif semblait vouloir se stabiliser en fin de mois. Malgré la clôture d’une première semaine positive après près d’un mois de recul, le marché a été surpris par une vague de ventes concentrée en quelques heures seulement.

Selon plusieurs analystes, cette baisse rapide n’a pas été déclenchée par une nouvelle particulière, mais plutôt par une explosion inattendue du volume vendeur. Ce mouvement initial aurait entraîné une série de liquidations automatiques, accentuée par une accumulation exceptionnelle de positions à effet de levier. Plus de 180 000 traders auraient ainsi été liquidés en 24 heures, pour un montant total dépassant les 500 millions de dollars, surtout sur des positions longues en Bitcoin et en Ether.

Sur le plan mensuel, novembre se révèle particulièrement difficile pour le Bitcoin, qui affiche sa plus mauvaise performance pour cette période depuis 2018, avec un recul d’environ 17 %. En comparaison, novembre 2018 avait été marqué par une véritable capitulation du marché, où les pertes avaient dépassé 36 %. Malgré ce contexte défavorable, certains commentateurs soulignent que cette purge de liquidité pourrait être saine pour la suite, en éliminant l’excès de levier qui pesait sur le marché.

Pour certains observateurs optimistes, cette violente correction pourrait même préparer le terrain pour une reprise plus stable. Ils notent que les zones de liquidité situées plus bas ont été nettoyées rapidement et que plusieurs signaux techniques souvent associés à des retournements sont désormais en place. Une partie du marché y voit donc une remise à zéro nécessaire plutôt qu’un signe de faiblesse fondamentale.

Les données récentes suggèrent un changement notable dans le comportement des détenteurs de Bitcoin : les grands investisseurs, habituellement moteurs de l’accumulation, ont ralenti leurs achats, tandis que les portefeuilles de détail — ceux détenant moins d’un bitcoin — profitent activement des replis pour se renforcer. Cette divergence, observée alors que le prix a brièvement chuté sous les 86 000 $, est souvent interprétée comme un signe de fragilité en fin de cycle, où le marché devient plus sensible aux secousses de liquidité.

La violente correction survenue pendant la séance asiatique a provoqué un effacement massif de valeur : environ 144 milliards $ ont disparu du marché crypto en quelques heures, avec plus de 600 millions $ de positions liquidées, majoritairement des positions longues. Selon certains analystes, cette purge reflète un « reset émotionnel » chez les investisseurs à court terme. Les flux de stablecoins et les soldes sur les plateformes montrent toutefois que la capacité d’achat reste présente, mais également que des ventes supplémentaires demeurent possibles.

Cette chute s’inscrit également dans un contexte de nouvelles défavorables en provenance d’Asie. Le ton plus ferme adopté par la Banque du Japon, évoquant une hausse de taux en décembre, a renforcé les tensions sur les marchés. En parallèle, l’activité des services en Chine recule pour la première fois en près de trois ans, ravivant les inquiétudes sur la demande régionale. À cela s’ajoutent les déclarations de dirigeants de Strategy, évoquant la possibilité de vendre des bitcoins en cas de conditions financières défavorables — un commentaire qui a nourri la panique parmi les positions à effet de levier.

Malgré cela, certains éléments macroéconomiques demeurent favorables : la fin du resserrement quantitatif aux États-Unis, l’augmentation des probabilités de baisse de taux et un retour d’afflux vers les produits d’investissement crypto après un mois de novembre difficile. Le Bitcoin n’a toutefois pas réagi positivement à ces signaux, restant près de 86 500 $. Pour regagner en stabilité, plusieurs analystes estiment qu’un retour durable au-dessus du début des 90 000 $ est nécessaire, accompagné d’un renversement clair des flux FNB et on-chain. D’ici là, le marché pourrait rester très volatil, avec des mouvements brusques dans les deux sens.

Même si la volatilité reste élevée, les spécialistes ne voient pas dans ce repli un véritable retournement baissier à long terme. Selon eux, il s’agit plutôt d’une correction au sein d’un marché haussier plus large, où Bitcoin chercherait à construire un plancher durable avant un éventuel nouveau cycle. Ils rappellent qu’un vrai marché baissier impliquerait une sortie massive des capitaux institutionnels, une rupture des narratifs et un recul durable de l’intérêt du public — ce qui n’est pas observé actuellement.

En regardant plus loin, l’évolution du contexte macroéconomique serait cruciale. La fin du resserrement quantitatif de la Réserve fédérale élimine un frein structurel, mais ses effets positifs ne se feront sentir qu’avec un certain délai. Plusieurs analystes comparent la situation à 2019, où les marchés n’avaient réellement redémarré que six à douze mois après la fin du cycle de resserrement. D’ici là, le Bitcoin pourrait rester coincé dans une phase de construction lente, sans direction nette.

Pour 2026, certains spécialistes entrevoient néanmoins un potentiel de progression vers une zone située entre 110 000 $ et 135 000 $, à condition que plusieurs facteurs s’alignent : guidance accommodante de la Fed, deux ou trois baisses de taux supplémentaires d’ici la mi-année, stabilité du bilan de la banque centrale et poursuite de l’adoption institutionnelle. Toutefois, ils avertissent qu’une cassure sous 75 000 $ remettrait ce scénario en question et ouvrirait la voie à un repli plus profond.

Vanguard, longtemps réticent à s’approcher des actifs numériques, vient d’opérer un revirement majeur : la firme permettra désormais à ses clients de négocier des FNB et fonds communs axés sur le Bitcoin, l’Ethereum, le XRP et Solana. Cette ouverture place les produits crypto au même niveau que d’autres actifs non traditionnels déjà accessibles sur sa plateforme, comme l’or. Plus de 50 millions d’investisseurs auront ainsi accès à ces véhicules d’investissement réglementés. Ce changement de cap survient après plusieurs mois d’analyses internes et malgré un contexte de repli du marché crypto. La demande des clients, elle, n’a pas faibli. Vanguard avait pourtant refusé de participer à l’explosion des FNB Bitcoin au comptant lancés en 2024, lesquels ont attiré près de 25 milliards de dollars en un mois, avant de grimper à environ 125 milliards en moins de deux ans. En restant en retrait, la firme avait laissé ses concurrents capter l’essentiel des flux, notamment BlackRock et son FNB IBIT.

L’arrivée de Salim Ramji à la tête de Vanguard en 2024 a clairement influencé cette décision. Contrairement à son prédécesseur, Ramji s’est déjà exprimé publiquement en faveur du Bitcoin et des technologies blockchain. Son recrutement a d’ailleurs surpris le secteur, puisqu’il représente la première nomination externe à la direction générale de l’entreprise. Avant Vanguard, il supervisait le pôle iShares chez BlackRock et avait joué un rôle central dans le lancement logistique d’IBIT. Cette évolution marque un tournant stratégique pour le deuxième plus grand gestionnaire d’actifs au monde, qui administre quelque 11 billions de dollars. En intégrant enfin les produits crypto à son offre, Vanguard réduit l’écart avec ses rivaux et reconnaît que les actifs numériques, malgré leur volatilité, constituent désormais une composante durable et recherchée des portefeuilles américains.

Les FNB Bitcoin de BlackRock connaissent un succès tel qu’ils sont devenus la principale source de revenus du gestionnaire d’actifs, une performance remarquable pour une firme qui supervise plus de 1 400 FNB et près de 13,4 billions de dollars d’actifs. Selon un dirigeant de BlackRock Brésil, les allocations combinées dans les produits Bitcoin de la société — incluant le FNB américain IBIT et son équivalent brésilien IBIT39 — approchent désormais les 100 milliards de dollars, un résultat largement supérieur aux attentes initiales.

Lancé en janvier 2024, IBIT est devenu le FNB le plus rapide de l’histoire à franchir le cap des 70 milliards d’actifs sous gestion, exploit réalisé en seulement 341 jours. Malgré la volatilité récente du marché crypto, ses actifs dépassent encore 70 milliards de dollars, appuyés par un afflux net de plus de 52 milliards au cours de sa première année. Les revenus générés par les frais annuels sont estimés à environ 245 millions de dollars dès 2025, plaçant ce produit en tête des générateurs de profits chez BlackRock.

Ce succès fulgurant repose notamment sur l’immense réseau de distribution du gestionnaire et sur l’intérêt croissant des institutions depuis la légalisation des FNB Bitcoin au comptant aux États-Unis. IBIT détient maintenant plus de 3 % de l’offre totale de Bitcoin, et BlackRock multiplie les déclinaisons du produit sur divers marchés, incluant des ETP internationaux. Le récent recul des flux n’inquiète pas la firme, qui souligne que les sorties ponctuelles sont normales lors des corrections de prix, surtout du côté des investisseurs particuliers.

BlackRock mise d’ailleurs sur son propre produit : l’un de ses portefeuilles phares, le Strategic Income Opportunities Portfolio, a augmenté son exposition à IBIT de 14 %, illustrant la confiance interne dans la poursuite de sa croissance. Ce positionnement confirme l’importance stratégique croissante de Bitcoin au sein de l’écosystème d’investissement mondial du géant financier.

Larry Fink et Rob Goldstein, respectivement PDG et COO de BlackRock, comparent aujourd’hui la tokenisation à l’Internet de ses débuts : une technologie encore jeune, mais dont l’impact pourrait transformer les marchés bien plus vite que prévu. Dans une tribune publiée dans *The Economist*, ils expliquent que l’enregistrement numérique de la propriété d’actifs pourrait moderniser l’ensemble du système financier en améliorant l’efficacité des transactions, la transparence et l’accessibilité. Selon eux, les registres distribués n’ont pas suscité un tel enthousiasme depuis l’invention de la comptabilité en partie double. Les dirigeants replacent la tokenisation dans une longue évolution technologique. Ils rappellent qu’autrefois, les échanges se faisaient au téléphone et les titres circulaient physiquement, avant que des systèmes comme SWIFT ne révolutionnent les paiements internationaux. Avec l’arrivée de Bitcoin en 2009, une nouvelle infrastructure est née : une base de données partagée, vérifiable et sans intermédiaire. C’est ce socle qui permet aujourd’hui de représenter numériquement presque n’importe quel actif — immobilier, obligations privées, monnaies — sur un même registre accessible à tous les acteurs du marché.

Fink et Goldstein reconnaissent que, malgré l’engouement crypto qui a pu masquer son véritable potentiel, la tokenisation révèle désormais des bénéfices concrets : règlement quasi instantané, réduction du risque de contrepartie, automatisation des processus privés, baisse des coûts et possibilité de fractionner des actifs difficiles d’accès. Le phénomène reste modeste en proportion des marchés mondiaux, mais sa croissance est fulgurante, avec une augmentation d’environ 300 % du volume de tokens adossés à des actifs réels en moins de deux ans. Une partie importante de cette adoption précoce vient des économies émergentes, où les infrastructures bancaires sont limitées. BlackRock s’est déjà engagé dans cette voie, notamment avec son fonds monétaire tokenisé BUIDL, qui fonctionne sur une blockchain publique et dépasse les 2 milliards de dollars de valeur. L’entreprise a également consolidé sa présence dans les actifs numériques en lançant des FNB Bitcoin et Ethereum très populaires. Selon Fink et Goldstein, la tokenisation ne remplacera pas de sitôt la finance traditionnelle, mais servira plutôt de pont vers un écosystème hybride où tous les types d’actifs pourraient être détenus et échangés depuis un même portefeuille numérique. Ils appellent toutefois les régulateurs à moderniser les règles existantes pour accompagner cette transition en assurant sécurité, identité numérique fiable et protection des investisseurs.

L’entreprise Strategy — anciennement MicroStrategy — a mis en place une réserve de 1,44 milliard de dollars américains afin de garantir le versement régulier de dividendes à ses actionnaires, même en période de baisse du Bitcoin. Cette réserve, constituée en vendant des actions MSTR au cours des derniers jours, vise à couvrir au minimum 12 mois de dividendes, avec l’objectif d’étendre cette marge à deux ans. L’idée est de rassurer les investisseurs les plus sensibles à la volatilité, en assurant que les fluctuations du Bitcoin n’affecteront pas leurs paiements.

Malgré cette protection, la société n’écarte pas la possibilité de vendre du Bitcoin si nécessaire. Le PDG Phong Le a rappelé que Strategy pourrait être amenée à liquider une partie de ses avoirs si la valeur de l’entreprise, ajustée à la valeur de ses actifs (mNAV), passait sous le seuil critique de 1. Michael Saylor, qui affirmait depuis des années qu’il ne fallait « jamais vendre ses bitcoins », a reconnu que la société devait être prête à céder des BTC ou des produits dérivés afin de financer les dividendes dans certains scénarios. Il insiste toutefois sur le fait que même en vendant, Strategy pourrait continuer à augmenter sa réserve de bitcoins à long terme.

La firme, qui a abandonné son ancien modèle d’affaires en 2020 pour devenir la plus grande trésorerie Bitcoin au monde, détient désormais environ 650 000 BTC — soit près de 3,1 % de l’offre totale — pour une valeur avoisinant 56 milliards de dollars. Cette position a été renforcée par un achat récent de 130 BTC, malgré une pause d’accumulation la semaine précédente. Strategy dépend cependant fortement de l’émission d’actions pour financer ses dividendes, un mécanisme viable uniquement lorsque son mNAV reste supérieur à 1, ce qui explique la nécessité potentielle de vendre des BTC en cas de baisse prolongée.

L’annonce de cette nouvelle stratégie a fait reculer l’action MSTR de plus de 8 %, accentuant une chute déjà marquée depuis son sommet de l’an dernier. Pourtant, selon les marchés de prédiction, la probabilité que Strategy vende réellement du Bitcoin avant la fin de l’année demeure faible, estimée à environ 6 %. La société mise donc sur sa réserve en dollars et sur une gestion plus flexible de ses avoirs pour traverser les périodes de volatilité tout en maintenant sa politique de dividendes.

Les récentes données techniques suggèrent que le Bitcoin pourrait approcher d’un creux majeur autour de 87 000 $. Un indicateur spécifique, le velocity RSI, a atteint des niveaux extrêmement bas, comparables uniquement aux points d’inflexion des précédents marchés baissiers. Cet oscillateur, qui mesure l’épuisement du momentum en tenant compte de la rapidité des variations de prix, est tombé sous 10 — un seuil rarement touché depuis les creux de 2018, puis de 2022, quelques mois avant la véritable capitulation du marché.

 

Pour certains analystes, cette configuration laisse penser que le Bitcoin traverse un « reset » cyclique important. Le velocity RSI est considéré comme l’un des indicateurs les plus fiables pour détecter un essoufflement extrême de la pression vendeuse et l’approche d’un plancher durable. Le fait qu’il clignote à nouveau comme lors des grandes fins de cycle attire donc une attention particulière, même si cela ne garantit pas une reprise immédiate.

Les Investissements Rivemont, gestionnaire du Fonds Rivemont crypto.

Les renseignements présentés le sont en date du 2 décembre 2025, à moins qu’une autre date ne soit mentionnée, et à titre d’information seulement. Ils proviennent de sources que nous jugeons fiables, mais non garanties. Il ne s’agit pas de conseils financiers, juridiques ou fiscaux. Les investissements Rivemont ne sont pas responsables des erreurs ou omissions relativement aux renseignements, ni des pertes ou dommages subis.