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Bulletin crypto – semaine 439

Le bitcoin est repassé sous la barre des 77 000 $, alors que les marchés ont réagi à une nouvelle montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Les investisseurs ont aussi adopté une posture plus prudente en raison de craintes renouvelées autour de l’inflation, notamment dans un contexte où la hausse des prix du pétrole pourrait compliquer la tâche de la Réserve fédérale américaine. Après avoir récemment touché environ 82 000 $, porté par les entrées dans les FNB au comptant et par l’optimisme entourant le Clarity Act aux États-Unis, le BTC a connu une semaine relativement difficile après sa hausse printanière.

Selon les analystes, plusieurs facteurs macroéconomiques pèsent actuellement sur l’appétit pour le risque : la remontée des rendements obligataires américains, la vigueur du dollar et l’incertitude géopolitique. Les prix du pétrole ont bondi dans la foulée des menaces formulées par Donald Trump à l’égard de l’Iran, alimentant la crainte qu’une énergie plus coûteuse maintienne l’inflation à un niveau élevé. Dans un tel scénario, la Fed pourrait être forcée de garder une politique monétaire restrictive plus longtemps, voire de relever les taux, ce qui tend généralement à nuire aux actifs plus risqués comme les cryptomonnaies.

Les FNB Bitcoin au comptant américains ont connu lundi leur plus importante journée de sorties nettes depuis la fin janvier, avec environ 648,6 millions de dollars retirés de ces produits. Ce mouvement prolonge la tendance négative observée la semaine précédente, au cours de laquelle les FNB avaient déjà enregistré près de 1 milliard de dollars de sorties nettes, mettant fin à une séquence de six semaines consécutives d’entrées positives.

Malgré cette pression, plusieurs observateurs estiment que le marché demeure constructif sur le plan structurel. Le bitcoin semble pour l’instant consolider autour d’une zone de soutien située près de 76 000 $ à 77 000 $. Par ailleurs, la croissance de la capitalisation des grands stablecoins comme USDT et USDC suggère qu’une partie des capitaux reste en attente, prête à être redéployée si des occasions d’achat se présentent. À court terme, les investisseurs surveilleront surtout l’évolution des taux, de l’inflation, de la volatilité et le ton adopté par la Réserve fédérale américaine.

La Securities and Exchange Commission des États-Unis s’apprêterait à publier un nouveau cadre réglementaire pour les titres financiers tokenisés, une initiative qui pourrait marquer une étape importante pour l’intégration de la blockchain aux marchés boursiers traditionnels. Selon Bloomberg, cette exemption dite d’innovation pourrait être dévoilée dès cette semaine et permettrait à certaines institutions financières d’expérimenter avec des actions tokenisées sans devoir passer immédiatement par l’ensemble du processus d’enregistrement habituellement exigé.

Cette approche s’inscrit dans une tendance déjà amorcée par le régulateur américain. Au cours des derniers mois, la SEC a autorisé plusieurs acteurs majeurs à avancer dans leurs projets liés aux titres tokenisés. Le Nasdaq a notamment obtenu le feu vert pour permettre la négociation d’actions sous forme tokenisée, tandis que la Bourse de New York travaille aussi sur une plateforme destinée à la négociation et au règlement sur chaîne de ce type d’actifs. La DTCC a également reçu l’autorisation de tokeniser certains actifs très liquides sur des blockchains préapprouvées, dans le cadre d’un programme limité dans le temps.

Malgré cette ouverture, la SEC maintient que les titres tokenisés demeurent des valeurs mobilières au sens des lois fédérales américaines. Autrement dit, le fait de représenter une action ou un autre actif financier sur une blockchain ne change pas sa nature réglementaire. L’objectif semble donc être de permettre l’innovation technologique tout en conservant un encadrement juridique autour de la protection des investisseurs et de l’intégrité des marchés.

Les partisans de la tokenisation estiment que cette technologie pourrait rendre les marchés plus efficaces, notamment grâce à des règlements plus rapides, à une réduction du nombre d’intermédiaires et à la possibilité de négocier certains actifs en continu, contrairement aux actions traditionnelles limitées par les heures d’ouverture des marchés. Plusieurs analystes croient d’ailleurs que la valeur des actifs tokenisés pourrait atteindre plusieurs milliers de milliards de dollars d’ici 2030, si les cadres réglementaires deviennent suffisamment clairs pour favoriser une adoption institutionnelle à grande échelle.

La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale américaine a été confirmée mercredi par le Sénat, ouvrant la voie à son remplacement de Jerome Powell. Le vote, conclu par une majorité de 54 contre 45, survient après plusieurs mois de tensions entre Donald Trump et l’actuelle direction de la Fed. Une enquête du département de la Justice visant Powell, récemment clôturée, avait aussi compliqué le processus politique entourant la candidature de Warsh.

Même si Warsh s’est déjà montré critique envers certains projets crypto, qu’il a qualifiés de douteux ou sans réelle valeur, son profil est perçu comme plus favorable aux actifs numériques que celui de plusieurs de ses prédécesseurs. Il a notamment déclaré que le bitcoin ne l’inquiétait pas et a révélé avoir investi dans des projets liés à l’écosystème crypto, dont Polymarket et Solana. Des élus favorables aux cryptomonnaies, comme la sénatrice Cynthia Lummis, ont salué sa confirmation, estimant que les entreprises américaines et les détenteurs d’actifs numériques auront désormais un interlocuteur plus ouvert à la Fed.

Warsh a aussi reconnu, lors d’une audience au Sénat, que les actifs numériques faisaient déjà partie intégrante du paysage financier américain. Cette position a été bien accueillie par certains régulateurs, dont Mike Selig, président de la CFTC, qui s’est montré favorable aux marchés de prédiction cette année. Toutefois, son arrivée à la tête de la banque centrale survient dans un contexte délicat : l’inflation demeure élevée, les prix de l’énergie sont soutenus par les tensions au Moyen-Orient, et les marchés doutent fortement d’un assouplissement monétaire à court terme.

Pour les cryptomonnaies, la confirmation de Warsh est donc interprétée comme un signal positif sur le plan institutionnel, même si son passé d’« inflation hawk » laisse croire qu’il pourrait rester prudent face aux baisses de taux. Des taux plus bas seraient normalement favorables aux actifs risqués comme les actions et les cryptos, mais les données récentes d’inflation réduisent les chances d’un tel scénario à court terme. Certains analystes estiment toutefois que Warsh pourrait éventuellement justifier une politique plus accommodante si les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle contribuent à calmer les pressions inflationnistes.

Les progrès rapides de l’informatique quantique soulèvent de nouvelles inquiétudes pour les grandes blockchains, et Citi estime que Bitcoin pourrait être plus vulnérable qu’Ethereum. Selon ses analystes, le risque ne vient pas seulement de la technologie utilisée, mais aussi de la capacité d’un réseau à s’adapter rapidement. Les projections sur l’arrivée d’ordinateurs quantiques capables de compromettre certaines formes de cryptographie sont de plus en plus rapprochées, certains scénarios évoquant maintenant une fenêtre possible autour de 2030 à 2032.

Dans le cas de Bitcoin, l’enjeu est particulièrement sensible, car certaines transactions rendent la clé publique visible avant leur confirmation. En théorie, un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait exploiter cette courte période pour tenter de retrouver la clé privée associée et détourner les fonds. Le problème est encore plus marqué pour les anciens portefeuilles dormants dont les clés publiques sont déjà exposées. On estime que 6,7 à 7 millions de bitcoins pourraient se trouver dans ce type d’adresses, incluant environ 1 million de BTC souvent attribués à Satoshi Nakamoto.

Pour Citi, la principale faiblesse de Bitcoin réside toutefois dans sa gouvernance. Passer à une cryptographie résistante aux attaques quantiques demanderait un consensus très large, des tests approfondis et possiblement une modification majeure du protocole. Or, le modèle conservateur de Bitcoin, qui contribue à sa crédibilité et à sa stabilité, rend aussi les changements rapides plus difficiles. Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir si une solution technique existe, mais si la communauté pourra s’entendre à temps pour l’implanter.

Ethereum serait mieux placé à cet égard, non pas parce qu’il serait immunisé contre la menace quantique, mais parce que son mode de gouvernance et son historique de mises à jour régulières pourraient faciliter une transition. Les réseaux de preuve d’enjeu demeurent eux aussi exposés, notamment si un attaquant parvenait à contrôler une part importante des clés liées aux actifs mis en staking. À long terme, Citi estime donc que la résilience des blockchains dépendra surtout de leur capacité d’adaptation, et les propositions d’amélioration comme BIP-360 et BIP-361 seront à surveiller du côté de Bitcoin.

L’Iran ferait la promotion d’un projet d’assurance maritime réglé en bitcoin pour les cargaisons traversant le détroit d’Ormuz, selon des médias affiliés à l’État iranien. La plateforme, appelée Hormuz Safe, aurait été mise de l’avant par les Gardiens de la révolution iraniens dans le cadre d’un modèle étudié par le ministère iranien de l’Économie. L’objectif serait de permettre l’émission de polices d’assurance maritime et de certificats de responsabilité financière, avec un potentiel estimé à plus de 10 milliards de dollars pour le pays.

Selon les informations rapportées, Hormuz Safe offrirait des couvertures d’assurance rapides et vérifiables cryptographiquement pour les marchandises circulant dans le golfe Persique, le détroit d’Ormuz et les zones maritimes voisines. Les paiements seraient effectués en bitcoin, et la protection commencerait dès la confirmation de la transaction. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où l’Iran aurait déjà envisagé de demander des paiements en bitcoin aux pétroliers souhaitant traverser le détroit, afin de contourner plus difficilement les sanctions internationales.

Malgré son caractère techniquement possible, plusieurs observateurs doutent de la viabilité réelle d’un tel modèle à grande échelle. Le bitcoin pourrait faciliter certains paiements dans des circuits commerciaux sanctionnés ou marginaux, mais il ne règle pas les problèmes de confiance entre les parties, de reconnaissance juridique, de réassurance ni de soutien par des assureurs traditionnels. Les risques de sanctions secondaires américaines pourraient aussi dissuader les compagnies maritimes d’utiliser une telle plateforme, par crainte d’être exclues du système financier mondial.

Par ailleurs, la transparence de la blockchain Bitcoin pourrait se retourner contre ce type d’initiative. Même si les paiements en crypto peuvent être plus rapides que les circuits bancaires classiques auxquels l’Iran a difficilement accès, les transactions demeurent publiques et traçables. Les adresses liées à l’Iran pourraient être identifiées par des firmes d’analyse blockchain, rendant les fonds associés potentiellement « contaminés » aux yeux des plateformes d’échange et des intermédiaires financiers. Le projet illustre donc à la fois l’attrait du bitcoin comme outil de contournement des sanctions et les limites pratiques de son utilisation dans un environnement surveillé et fortement réglementé.

Strategy a annoncé lundi son plus important achat de bitcoins depuis environ un mois, après avoir mobilisé près de 2 milliards de dollars grâce à l’émission d’actions privilégiées Stretch, aussi connues sous le symbole STRC. La société a utilisé ce capital pour acquérir 24 869 BTC la semaine dernière, pour un montant total d’environ 2 milliards de dollars. Cette nouvelle opération porte désormais ses réserves à 843 738 bitcoins, une position récemment évaluée à environ 64,4 milliards de dollars.

Cette stratégie de financement repose en grande partie sur STRC, un produit privilégié qui offre actuellement un dividende annuel de 11,5 %. Les investisseurs devaient acheter ces actions avant vendredi dernier pour être admissibles à la prochaine distribution mensuelle en espèces. La forte demande autour de cette échéance a permis à Strategy d’émettre près de 2 milliards de dollars de nouvelles actions privilégiées, qui ont ensuite servi à renforcer son exposition au bitcoin.

Le mécanisme attire toutefois une attention croissante. STRC est conçu pour se négocier près de sa valeur nominale de 100 $, et lorsque le titre évolue au-dessus de ce niveau, Strategy peut émettre de nouvelles actions afin de financer d’autres achats de BTC. Cette approche avait été critiquée plus tôt cette année, lorsque le bitcoin avait chuté à son plus bas niveau en 18 mois, mais les dernières transactions montrent que ce modèle de financement devient de plus en plus central dans les opérations de trésorerie de l’entreprise.

Le chef de la direction, Phong Lee, a de son côté mis en avant la performance des activités de trésorerie de Strategy, évoquant un « gain BTC » de 6,6 milliards de dollars depuis le début de l’année. Cette mesure vise à comparer l’augmentation des avoirs en bitcoins avec l’effet dilutif des nouvelles émissions d’actions. Selon lui, le recours au « crédit numérique » contribue à accélérer la croissance de l’entreprise en 2026, alors que Strategy continue d’utiliser ses instruments financiers pour accumuler davantage de bitcoins.

Le bitcoin a récemment échoué à franchir la zone des 82 000 $, avant de revenir tester le seuil des 76 000 $. Cette baisse d’environ 7 % a entraîné près de 400 millions de dollars de liquidations sur des positions haussières en quelques jours, ce qui a ébranlé la confiance des traders à court terme. Malgré ce recul, plusieurs éléments pourraient encore favoriser un retour rapide au-dessus des 80 000 $, notamment les achats massifs de Strategy, la fragilité croissante du marché obligataire américain et la possibilité d’un apaisement géopolitique entre les États-Unis et l’Iran.

Strategy a de nouveau joué un rôle important dans le soutien du marché en achetant pour environ 2 milliards de dollars de bitcoins au cours de la dernière semaine. L’entreprise, associée à Michael Saylor, continue d’utiliser différentes structures de financement, comme l’émission d’actions ordinaires ou privilégiées, afin de lever des capitaux et d’accroître ses réserves en BTC. Elle a aussi profité d’un contexte de marché plus faible pour racheter une partie de sa dette arrivant à échéance en 2029, ce qui pourrait réduire la dilution future et lui donner davantage de marge de manœuvre pour financer de nouveaux achats.

Sur le plan macroéconomique, la hausse des rendements obligataires américains renforce également l’argument en faveur du bitcoin. Le rendement des obligations du Trésor à 10 ans a grimpé à 4,60 %, son plus haut niveau en 16 mois, alors que les investisseurs exigent une compensation plus élevée pour détenir de la dette gouvernementale. Avec un lourd mur d’échéances à venir pour le Trésor américain, certains craignent que la Réserve fédérale soit éventuellement forcée d’intervenir davantage sur le marché obligataire, ce qui pourrait affaiblir le dollar et pousser les capitaux vers des actifs rares comme l’or et le bitcoin.

Enfin, le contexte géopolitique demeure un facteur clé. Les prix du pétrole ont fortement augmenté en raison des tensions au Moyen-Orient et des difficultés entourant la réouverture complète du détroit d’Ormuz, ce qui entretient les pressions inflationnistes et limite les chances d’un assouplissement monétaire rapide. Toutefois, un accord entre Washington et Téhéran pourrait rapidement raviver l’appétit pour le risque et permettre au bitcoin de reprendre le seuil des 80 000 $. Même si ce scénario n’est pas garanti, certains analystes estiment que le potentiel de rattrapage du BTC demeure intéressant, surtout alors que les actions américaines évoluent près de leurs sommets historiques tandis que le bitcoin reste encore nettement sous son record.

Les Investissements Rivemont, gestionnaire du Fonds Rivemont crypto.

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