Le marché du bitcoin connaît un regain d’activité spéculative, porté par un retour marqué du levier financier, alors même que les prix restent enfermés dans une phase de consolidation. Depuis le début février, la cryptomonnaie évolue sans direction claire entre 62 000 $ et 71 000 $, mais cela n’empêche pas de nombreux investisseurs d’anticiper un mouvement haussier. Cette attente se traduit par une intensification des positions sur les produits dérivés, malgré un contexte macroéconomique et sectoriel toujours incertain.
Les données de marché montrent en effet que l’écart entre les prix au comptant et les contrats à terme à trois mois s’est nettement creusé sur plusieurs grandes plateformes comme Binance, OKX et Deribit. Cette hausse de la base des contrats à terme indique que les traders acceptent de payer une prime croissante pour s’exposer à la hausse, un signe classique de retour de l’appétit pour le risque. La progression simultanée des taux de financement confirme que les positions acheteuses deviennent dominantes, traduisant un marché plus confiant qu’il ne l’était ces dernières semaines.
Cette dynamique est largement alimentée par les investisseurs particuliers. Selon Coinbase, sa clientèle de détail a fait preuve d’une étonnante solidité, profitant des replis pour accumuler du bitcoin. Son PDG, Brian Armstrong, a d’ailleurs souligné que les soldes détenus par la majorité des clients en février étaient équivalents ou supérieurs à ceux de la fin d’année précédente. Toutefois, les marchés d’options appellent à davantage de prudence : la baisse progressive de la demande de protections baissières peut autant refléter un regain d’optimisme qu’un excès de confiance, souvent observé avant des phases de forte volatilité.
Plusieurs analystes rappellent enfin que ce type de configuration comporte des risques élevés. L’amélioration du sentiment n’est pas encore appuyée par des volumes suffisamment solides, ce qui rend le marché vulnérable à un choc soudain. Un retournement brutal pourrait déclencher une vague de liquidations forcées, particulièrement pénalisante pour les investisseurs entrés tardivement avec un fort levier. Dans ce contexte fragile, le bitcoin a reculé d’environ 2,5 % sur 24 heures et s’échange autour de 68 600 $, selon les données de CoinGecko, illustrant l’équilibre précaire entre espoir de rebond et risque de correction.
Les développeurs de Bitcoin ont récemment franchi une nouvelle étape dans la préparation du réseau face à une éventuelle menace quantique, en intégrant la proposition BIP 360 au dépôt officiel des améliorations du protocole. Cette avancée ne déclenche aucun changement immédiat, mais ouvre formellement la voie à l’étude de mécanismes dits « post-quantiques ». Le débat reste toutefois vif quant à l’urgence réelle du risque, certains experts évoquant un horizon de quelques années, tandis que d’autres parlent plutôt de plusieurs décennies.
Sur le plan technique, BIP 360 introduit un nouveau type de sortie appelé Pay-to-Merkle-Root, conçu pour éliminer une faiblesse liée à Taproot, une mise à jour déployée en 2021. Cette faiblesse provient du mécanisme de dépense par clé, qui expose la clé publique lors de certaines transactions. Selon le chercheur en cryptographie Ethan Heilman, cette exposition pourrait, à terme, permettre à un ordinateur quantique suffisamment avancé de reconstituer la clé privée et de détourner des fonds. La nouvelle approche vise donc à neutraliser ce point vulnérable tout en conservant la flexibilité nécessaire pour intégrer ultérieurement des signatures résistantes aux attaques quantiques.
La question du calendrier divise profondément la communauté scientifique. Le président de California Institute of Technology, Thomas Rosenbaum, estime que des ordinateurs quantiques tolérants aux pannes pourraient voir le jour d’ici cinq à sept ans, citant des progrès récents impressionnants dans la maîtrise et la stabilité des qubits. À l’inverse, d’autres chercheurs, ainsi que les recommandations du National Institute of Standards and Technology, suggèrent que des machines capables de menacer concrètement la cryptographie moderne restent encore lointaines. Cette prudence est partagée par Jameson Lopp, responsable de la sécurité chez Casa, qui considère que la puissance requise est encore hors de portée pour longtemps.
Au-delà de la technologie elle-même, certains observateurs pointent un risque plus structurel : la difficulté croissante à faire évoluer un réseau décentralisé comme Bitcoin. Chaque modification majeure exige un large consensus entre développeurs, mineurs, entreprises et utilisateurs, un processus long et complexe dans un écosystème qui tend naturellement à se figer avec le temps. Pour Ethan Heilman, même si la menace quantique demeure incertaine, elle doit être prise au sérieux. Préparer Bitcoin à ce type de scénario relève moins d’une réaction à la peur que d’une gestion prudente des risques existentiels, afin d’assurer la pérennité du réseau sur le très long terme.
Une étude internationale récente montre que les stablecoins s’imposent de plus en plus comme un outil financier du quotidien, et non plus seulement comme un instrument de trading. Menée par BVNK en collaboration avec Coinbase et Artemis, et fondée sur un sondage YouGov auprès de près de 4 700 personnes dans 15 pays, l’étude indique que plus de la moitié des utilisateurs crypto ont détenu des stablecoins au cours de la dernière année. Une majorité prévoit même d’augmenter leur exposition, signe d’un basculement progressif de la spéculation vers une utilisation plus structurelle de ces actifs indexés sur le dollar.
Les stablecoins représentent désormais une part significative de l’épargne personnelle. En moyenne, les détenteurs allouent environ un tiers de leurs économies totales aux cryptomonnaies et aux stablecoins combinés. Cette proportion est encore plus élevée dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les monnaies locales sont plus volatiles et les services de paiement internationaux moins fiables. L’Afrique ressort notamment comme la région affichant les taux d’adoption et les intentions d’achat les plus élevés, une tendance qui fait écho aux projections de Standard Chartered, selon lesquelles jusqu’à 1 000 milliards de dollars pourraient, à terme, quitter les dépôts bancaires des marchés émergents au profit de stablecoins adossés au dollar.
L’usage des stablecoins dépasse largement la simple conservation de valeur. Une part importante des utilisateurs les dépense directement ou les convertit rapidement en monnaie locale, ce qui souligne leur rôle actif dans l’économie réelle. Chez les travailleurs indépendants, les freelances et les vendeurs sur des plateformes numériques, ces jetons représentent environ 35 % des revenus annuels. Près de trois quarts d’entre eux estiment que les stablecoins facilitent leur accès aux clients internationaux, tout en réduisant fortement les frais de transaction par rapport aux systèmes de paiement traditionnels. Cette efficacité accrue, combinée à une meilleure sécurité et à une portée mondiale, explique leur adoption croissante pour les paiements transfrontaliers.
Malgré cet essor, plusieurs obstacles freinent encore une adoption de masse. Les utilisateurs pointent notamment le caractère irréversible des paiements, la complexité des portefeuilles et des réseaux blockchain, ainsi que le manque de protections comparables à celles des systèmes financiers classiques. Le rapport suggère que si ces frictions sont levées, les stablecoins pourraient évoluer vers un rôle proche de celui d’une monnaie numérique universelle. Cette transition intervient alors que le cadre réglementaire commence à se préciser, en particulier aux États-Unis, où l’adoption du GENIUS Act sous l’administration de Donald Trump ouvre la voie à une réglementation fédérale plus claire des jetons adossés au dollar.
La société Strategy, spécialisée dans la détention de bitcoin en trésorerie, a renforcé sa position en acquérant 2 486 BTC supplémentaires pour environ 168 millions de dollars, à un prix moyen proche de 67 700 $ par unité. Cette opération, réalisée à la mi-février et déclarée auprès de la Securities and Exchange Commission, porte les avoirs totaux de l’entreprise à plus de 717 000 bitcoins. Selon son président exécutif et cofondateur, Michael Saylor, l’ensemble a été accumulé à un coût moyen supérieur au prix actuel du marché, ce qui place temporairement la société en moins-value latente malgré l’ampleur de ses réserves.
Ces achats ont été financés par l’émission continue d’actions ordinaires et de titres privilégiés perpétuels, une stratégie qui permet à Strategy de lever des capitaux sans échéances de remboursement rapprochées. Plusieurs catégories de titres coexistent, offrant des profils de rendement et de risque variés, allant de dividendes cumulés plus conservateurs à des instruments convertibles donnant accès à une éventuelle appréciation du capital. Cette mécanique s’inscrit dans un plan de financement à long terme visant à mobiliser jusqu’à 84 milliards de dollars d’ici 2027 pour poursuivre l’accumulation de bitcoin.
Malgré la volatilité du marché, la direction affirme que le bilan reste robuste, même en cas de chute extrême du prix du bitcoin. La société soutient disposer de suffisamment d’actifs et de liquidités pour faire face à ses obligations, tout en cherchant à convertir progressivement sa dette en capital sur plusieurs années. Des analystes de Bernstein et de TD Cowen estiment d’ailleurs que la structure financière de Strategy demeure relativement prudente comparée à d’autres acteurs, avec peu d’échéances majeures avant la fin de la décennie.
Dans le paysage plus large des entreprises cotées détenant du bitcoin, Strategy reste de loin le principal acteur, concentrant à elle seule plus de 3 % de l’offre maximale de la cryptomonnaie. Toutefois, comme pour nombre de sociétés similaires, la valeur boursière du titre a fortement reculé par rapport à ses sommets de 2025, se négociant même en dessous de la valeur de ses actifs numériques. Malgré cela, l’action a récemment rebondi, portée par l’idée que Strategy pourrait bénéficier de manière amplifiée d’un éventuel cycle haussier du bitcoin à moyen et long terme. Strategy affirme être en mesure d’absorber une chute extrême du bitcoin jusqu’à 8 000 dollars tout en conservant suffisamment d’actifs pour honorer sa dette nette, estimée à environ 6 milliards de dollars.
Le climat qui règne sur le marché des cryptomonnaies s’est fortement détérioré, au point d’atteindre des niveaux de pessimisme rarement observés. Selon les analystes de Matrixport, le sentiment des investisseurs est désormais en zone de peur extrême, une configuration qui, par le passé, a souvent coïncidé avec des phases de stabilisation ou de rebond à court terme. Cette lecture traduit une lassitude généralisée des acheteurs comme des vendeurs, même si un prolongement de la baisse reste possible à très court horizon.
Les indicateurs internes de Matrixport suggèrent que le marché pourrait se rapprocher d’un point d’inflexion. Leur indice de sentiment appliqué au bitcoin montre que les creux les plus durables ont tendance à se former lorsque la moyenne mobile à 21 jours passe sous zéro avant de se redresser, un signal actuellement en place. Ce type de transition est généralement interprété comme un signe d’essoufflement de la pression vendeuse, indiquant que le marché commence à absorber les excès de liquidation accumulés au cours des dernières semaines.
Ce constat est corroboré par d’autres baromètres largement suivis. L’indice « Fear and Greed » publié par Alternative.me évolue lui aussi à des niveaux proches de ses plus bas depuis 2022, illustrant une peur extrême parmi les investisseurs. Historiquement, des lectures aussi négatives sont apparues après des corrections marquées, notamment à l’été 2024 et à l’automne 2025, périodes qui avaient précédé des phases de reprise technique, même modestes.
Sur le plan statistique, certains signaux de survente deviennent également visibles. Frank Holmes, président de la société minière Hive, souligne que le bitcoin se situe actuellement bien en dessous de sa moyenne de court terme, un écart rarement observé au cours des dernières années. Selon lui, ce type d’excès a historiquement favorisé des rebonds sur les semaines suivantes. Malgré la nervosité ambiante, il estime que les fondamentaux de long terme restent solides, laissant entrevoir un potentiel de redressement une fois la phase de capitulation achevée.
Les Investissements Rivemont, gestionnaire du Fonds Rivemont crypto.
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