La fin imminente de la paralysie du gouvernement américain, qui dure depuis plus de quarante jours, pourrait permettre à la SEC (Securities and Exchange Commission) et à la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) de reprendre pleinement leurs activités. Ces deux agences, essentielles à la supervision du secteur des actifs numériques, fonctionnaient jusqu’ici avec un personnel restreint, limité aux urgences. Leur retour à la normale coïnciderait avec la reprise des travaux législatifs sur la réglementation des cryptomonnaies, interrompus pendant plus d’un mois. Ce redémarrage se fera toutefois dans un contexte complexe marqué par le changement d’administration entre Joe Biden et Donald Trump, ainsi que par un certain roulement de personnel au sein des agences.
Avant la fermeture, la SEC avait prévu de mettre en place une « exemption d’innovation » pour accélérer la mise sur le marché de produits et services liés à la blockchain. Si le projet reprend, la commission pourrait accorder des « dispenses réglementaires » (exemptive relief), permettant à certaines entreprises d’opérer en marge des règles applicables aux institutions financières traditionnelles. En parallèle, la CFTC, dirigée par Caroline Pham, souhaite voir apparaître des plateformes de trading au comptant pour les cryptos, ainsi que des produits financiers tokenisés d’ici la fin de l’année. Les deux régulateurs coopèrent d’ailleurs plus étroitement qu’à l’accoutumée, un signe encourageant pour la relance de leur agenda commun.
Pendant la fermeture, plusieurs FNB (ETF) cryptos ont néanmoins pu être lancés grâce à un mécanisme de cotation simplifié approuvé avant la crise. Certaines sociétés ont profité d’une directive de la SEC leur permettant de déposer des formulaires S-1 sans attendre d’amendement différé. Cela a permis la mise en marché de produits basés sur Solana, Litecoin et HBAR. À la réouverture, la SEC pourrait soit valider automatiquement ces dossiers après la période réglementaire de vingt jours, soit reprendre un examen approfondi avec des échanges supplémentaires. L’agence pourrait également suspendre temporairement certaines autorisations afin de finaliser ses commentaires techniques.
Enfin, sur le plan politique, le blocage a ralenti de six semaines les discussions au Congrès sur la future législation encadrant le secteur crypto. Le Sénat et la Chambre travaillent chacun sur leur propre version du texte, cherchant à clarifier la répartition des compétences entre la SEC et la CFTC et à définir la notion d’« actifs auxiliaires » pour distinguer les cryptos considérées comme titres financiers. Les comités sénatoriaux des banques et de l’agriculture devront harmoniser leurs projets afin de présenter un texte commun au président Trump. Cependant, les échéances électorales à venir risquent de compliquer ce processus, alors même que la nomination du futur président de la CFTC, Mike Selig, doit encore être confirmée.
Le marché du Bitcoin a d’ailleurs connu un rebond marqué après l’annonce d’un accord au Sénat américain visant à mettre fin à la paralysie du gouvernement, une issue perçue comme un soulagement majeur sur le plan macroéconomique. En l’espace de 24 heures, le Bitcoin a progressé de plus de 4 %, atteignant un sommet intrajournalier de 106 491 $, tandis que la capitalisation totale du marché crypto grimpait de 4,7 % pour s’établir à 3,68 billions $. Selon plusieurs analystes, la fin du blocage budgétaire américain pourrait restaurer l’appétit pour le risque et améliorer la liquidité globale, des éléments essentiels pour soutenir la tendance haussière actuelle des cryptomonnaies.
Les spécialistes estiment qu’une réouverture du gouvernement renforcerait la confiance institutionnelle et stabiliserait les flux du Trésor américain, créant ainsi un environnement plus favorable aux actifs numériques. Ryan Lee, analyste en chef chez Bitget, a souligné que la levée des incertitudes liées aux dépenses publiques favoriserait la reprise du marché, tandis que Shivam Thakral, PDG de BuyUcoin, a insisté sur l’impact psychologique positif d’une telle résolution pour les investisseurs. Cette amélioration du sentiment se reflète déjà dans les marchés de prévision, où la probabilité d’une fin du shutdown avant le 15 novembre est passée à 91 %.
L’annonce d’un possible versement d’un « dividende » de 2 000 $ par personne par le président Donald Trump a également soutenu les marchés. Bien que le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ait ensuite tempéré les attentes en évoquant plutôt des baisses d’impôt, cette perspective de relance budgétaire a ravivé les anticipations d’un afflux de liquidités, comparable à celui observé lors des chèques de relance de 2021. De telles mesures pourraient stimuler la consommation, soutenir les bénéfices des entreprises et redynamiser les marchés à risque, y compris celui des cryptomonnaies.
À court terme, les experts anticipent que la confirmation de la fin du shutdown pourrait propulser le Bitcoin dans une nouvelle phase haussière. Les prévisions oscillent entre 120 000 $ et 150 000 $ d’ici la fin de l’année, sous réserve que la Réserve fédérale maintienne une politique monétaire accommodante et que la liquidité continue de s’améliorer. Certains analystes, plus optimistes, comme ceux de Tiger Research, envisagent même un scénario pouvant mener jusqu’à 200 000 $, bien que les risques d’inflation persistante, d’un dollar plus fort ou de tensions géopolitiques demeurent des freins potentiels à cette trajectoire.
Les données récentes sur la chaîne montrent un retour marqué des grands investisseurs sur Ethereum, suggérant qu’un plancher local pourrait être en formation autour de 3 200 $. Depuis avril, les portefeuilles détenant entre 10 000 et 100 000 ETH ont accru leurs positions de plus de 50 %, tandis que les détenteurs de taille moyenne se sont allégés. Cette accumulation à prix réduit, observée après la chute du cours vers 3 000 $, s’accompagne d’une hausse inhabituelle des volumes au comptant, un schéma souvent associé aux inversions de tendance. Les analystes y voient un signe de reprise potentielle, à condition que le contexte macroéconomique mondial demeure stable.
Selon Shawn Young de MEXC Research, cette phase ressemble à celles qui ont précédé les creux majeurs des cycles précédents, lorsque les « whales » absorbaient la pression vendeuse des investisseurs à court terme. Plusieurs indicateurs soutiennent cette hypothèse : la stabilité du ratio ETH/BTC, une activité transactionnelle en hausse de 25 % depuis septembre et la normalisation du rabais sur l’Ethereum mis en jeu après la chute d’octobre. Certains analystes observent une dynamique similaire sur Bitcoin, les investisseurs institutionnels semblant de nouveau présents pour profiter de niveaux de prix perçus comme attractifs.
Cette résurgence d’intérêt coïncide avec l’approche de la mise à jour Fusaka, prévue pour le 3 décembre. Cette évolution majeure d’Ethereum vise à renforcer la capacité du réseau en introduisant des « voies de données dédiées » aux solutions Layer 2, réduisant ainsi les coûts et accélérant les transactions. L’ajout du Peer Data Availability Sampling permettra aux nœuds de traiter des fragments de données plutôt que des blocs entiers, rendant la validation plus légère et favorisant une plus grande décentralisation. Ces améliorations pourraient relancer l’adoption de la blockchain dans les applications réelles et la DeFi, tout en ouvrant la porte à une participation plus large.
Le Kazakhstan prévoit de lancer d’ici le début de 2026 un fonds national de réserve en cryptomonnaies évalué entre 500 millions et 1 milliard de dollars, selon Bloomberg. Ce fonds, alimenté principalement par des actifs saisis ou rapatriés depuis l’étranger, ainsi que par les revenus des opérations minières soutenues par l’État, constituera une première étape majeure vers l’intégration officielle des actifs numériques dans la stratégie économique nationale du pays. Contrairement à d’autres initiatives souveraines, le fonds kazakh n’investira pas directement dans le Bitcoin ou d’autres cryptomonnaies. Il se concentrera plutôt sur des fonds négociés en bourse (ETF) et sur des entreprises du secteur crypto, adoptant ainsi une approche plus institutionnelle et diversifiée. Cette orientation vise à tirer parti de la croissance de l’écosystème numérique tout en limitant l’exposition directe à la volatilité du marché des tokens.
Tether, l’émetteur du stablecoin USDT, a profité de la récente baisse du marché pour acheter 961 bitcoins d’une valeur d’environ 97 millions de dollars, selon les données on-chain. Cette opération s’inscrit dans la politique de l’entreprise, qui consacre 15 % de ses bénéfices nets à l’acquisition de Bitcoin. Avec désormais 87 296 BTC en portefeuille — soit près de 8,8 milliards de dollars — Tether figure parmi les plus grands détenteurs mondiaux, réalisant un gain latent estimé à 4,55 milliards de dollars, pour un prix d’achat moyen de 49 121 $ par unité.
Certains observateurs y voient un signe de confiance dans la valeur à long terme du Bitcoin, tandis que d’autres y perçoivent un simple rééquilibrage de portefeuille. Selon Gleb Kurovskiy de Luminary Bank, Tether a récemment accru son exposition aux métaux précieux tout en réduisant celle au Bitcoin, une stratégie cohérente avec l’évolution récente des marchés : l’or s’est apprécié alors que le Bitcoin a perdu plus de 10 %. Néanmoins, cette décision intervient à un moment où le marché crypto montre des signes de réaccumulation, un phénomène souvent observé lorsque les investisseurs institutionnels rachètent lors des phases de stress de liquidité. Pour les analystes comme Rachel Lin de SynFutures, cette opération confirme la volonté de Tether de diversifier ses réserves vers des actifs tangibles — Bitcoin et or — afin de se prémunir contre la dépréciation des devises fiduciaires. Elle y voit un « vote de confiance » dans le rôle du Bitcoin comme actif dur et réserve de valeur mondiale. En parallèle, l’analyste Enmanuel Cardozo souligne que ce type d’achat massif pendant une phase de baisse correspond à un comportement typique des investisseurs de long terme, qui préfèrent accumuler lorsque la peur domine le marché.
Techniquement parlant, il fut encourageant de réussir à demeurer au nord de la moyenne mobile sur 50 semaines. Au moment d’écrire ces lignes, c’est ce même support qui est présentement testé. Ce dernier a été respecté depuis début 2023. Y trouver des acheteurs pourrait donc permettre le début d’un renversement de tendance après la baisse des dernières semaines.
Prière de prendre note que cette communication ne sera pas publiée la semaine prochaine, l’auteur de ces lignes étant en vacances.
Les Investissements Rivemont, gestionnaire du Fonds Rivemont crypto.
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