Le marché des cryptomonnaies a subi une nouvelle secousse après que la Chine a riposté aux mesures tarifaires américaines, ravivant la peur d’une escalade commerciale. Le Bitcoin a chuté sous la barre des 112 000 $, perdant environ 3 % sur la journée, tandis que les autres grandes cryptos comme Ethereum, Solana et Dogecoin ont également reculé de 4 % à 6 %. Cette baisse s’inscrit dans un contexte de forte aversion au risque qui a également fait chuter les marchés boursiers asiatiques, notamment le Nikkei japonais, en recul de plus de 3 %, sa pire séance en près de deux mois.
L’annonce de sanctions chinoises contre des entités américaines liées au constructeur sud-coréen Hanwha Ocean a ravivé les tensions économiques entre Pékin et Washington. Cette décision a eu un effet domino sur les marchés mondiaux : les contrats à terme sur le S&P 500 et le Nasdaq 100 ont reculé, les investisseurs se réfugiant vers des valeurs sûres comme les bons du Trésor américain, dont les rendements ont légèrement baissé, tandis que le yen s’est renforcé. L’or et l’argent, qui avaient initialement progressé, ont fini par céder face aux ventes massives de l’après-midi.
Dans l’univers crypto, la volatilité s’est accentuée : selon CoinGlass, les liquidations totales ont atteint 630 millions $, dont près des deux tiers provenaient de positions longues. Cette correction fait suite à une série de turbulences amorcées la semaine précédente après la menace du président Donald Trump d’imposer des tarifs de 100 % sur les importations chinoises. Cet épisode avait déjà provoqué l’un des plus grands événements de liquidation jamais enregistrés sur les marchés dérivés, avec près de 20 milliards $ de positions effacées en 24 heures.
Pour plusieurs observateurs, cette correction reflète avant tout un rééquilibrage naturel du marché après des mois d’effet de levier excessif. L’analyste Axel Adler Jr, de CryptoQuant, estime que 93 % de la baisse d’intérêt ouvert relevée vendredi correspondait à un « désendettement ordonné » plutôt qu’à un effondrement panique. Sur les 14 milliards $ disparus, seulement 1 milliard $ correspondait à des liquidations forcées de positions longues sur Bitcoin. Adler y voit même un signe de maturité croissante du marché, capable d’absorber un choc sans déstabilisation systémique.
D’autres acteurs du secteur ne partagent toutefois pas cette lecture optimiste. Des analystes indépendants accusent certains market makers d’avoir aggravé la chute en retirant massivement leur liquidité au moment critique, créant un véritable « vide de liquidité ». D’après le chercheur YQ, la profondeur de marché sur plusieurs tokens aurait chuté de 98 % à peine une heure après la nouvelle des menaces tarifaires américaines, précipitant le plongeon des prix. Dans ce contexte, les marchés crypto — ouverts 24 heures sur 24 — sont devenus le seul exutoire pour les investisseurs mondiaux, amplifiant la réaction en chaîne. Ce n’est pas la panique du grand public qui a causé la chute, mais plutôt un effondrement massif des positions à effet de levier détenues par des traders expérimentés sur les plateformes centralisées.
Les analystes expliquent que cette débâcle a mis en lumière les dangers de l’effet de levier, qui permet aux traders d’amplifier leurs paris grâce à des fonds empruntés. Ce mécanisme multiplie aussi les pertes : lorsqu’une position tombe sous le seuil de marge exigée, la plateforme force sa clôture — un processus appelé liquidation. Vendredi, la chute brutale du Bitcoin a entraîné une réaction en cascade : près de 1,6 million de positions ont été liquidées automatiquement, y compris certaines qui auraient pu survivre à une baisse plus graduelle. Les systèmes de liquidation des bourses se sont retrouvés à vendre massivement, accélérant encore la chute des prix.
Au cœur du problème se trouvent les contrats perpétuels, un type de dérivé sans date d’échéance qui permet de spéculer indéfiniment sur le prix du Bitcoin. Ces produits, très populaires sur les plateformes comme Hyperliquid, fonctionnent grâce à des taux de financement qui équilibrent les positions longues et courtes. Mais lorsque les marchés deviennent déséquilibrés — comme lors de l’annonce de Trump —, le mécanisme de correction s’emballe et pousse les échanges à liquider automatiquement les positions surdimensionnées. Ce phénomène explique pourquoi la chute de vendredi a dépassé en ampleur les krachs de 2020 (COVID) et de 2022 (FTX).
Le Fear & Greed Index est tombé à son plus bas niveau depuis avril, signe d’une peur extrême souvent interprétée comme une opportunité d’achat. Les analystes demeurent prudemment optimistes : la perspective d’une baisse de taux de la Fed fin octobre, combinée à des flux institutionnels soutenus et à une offre en diminution sur la chaîne, pourrait raviver le marché.
Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, remet en question une idée centrale du monde crypto : selon lui, le fameux cycle de quatre ans du Bitcoin serait désormais obsolète. Dans son dernier essai intitulé “Long Live the King”, il soutient que les précédents sommets et effondrements du marché n’étaient pas liés au calendrier des halvings, mais plutôt aux cycles de liquidité mondiale. Hayes montre que les années 2014, 2018 et 2022 ont toutes coïncidé avec des périodes de resserrement monétaire, tandis que les phases haussières ont accompagné des politiques d’assouplissement et d’expansion du crédit. À ses yeux, la dynamique du marché crypto en 2025 ne dépendra plus d’un calendrier fixe, mais du rythme de la création monétaire. Il anticipe une ère marquée par des corrections moins profondes, guidées non plus par la rareté de l’offre, mais par la disponibilité du capital et la politique des grandes banques centrales. Hayes estime que les signaux sont clairs : Washington et Pékin s’orientent vers une politique monétaire plus souple, avec davantage de liquidités et des taux d’intérêt plus bas, ce qui, selon lui, devrait continuer d’alimenter la hausse du Bitcoin. L’ancien trader compare enfin la trajectoire probable du Bitcoin à celle de l’or entre 2004 et 2010, période de six années consécutives de hausse alimentée par l’arrivée des premiers FNB aurifères. Il suggère ainsi que 2024 pour le Bitcoin pourrait être l’équivalent de 2004 pour l’or : le début d’un cycle haussier prolongé, soutenu par des flux institutionnels massifs. En résumé, pour Hayes, le “cycle de quatre ans” est mort, mais le “cycle de la liquidité” vient de commencer — et le roi Bitcoin pourrait bien régner sur une nouvelle décennie d’expansion.
La militante vénézuélienne María Corina Machado, figure de l’opposition au régime de Nicolás Maduro, a remporté le Prix Nobel de la paix 2025 pour son engagement en faveur de la démocratie et des droits civiques au Venezuela. Mais au-delà de la politique, un autre aspect a retenu l’attention de la communauté crypto : Machado est une partisane déclarée du Bitcoin, qu’elle considère comme un instrument de résistance contre la tyrannie économique. Dans une entrevue accordée à Bitcoin Magazine en septembre 2024, elle expliquait que, face à la répression financière et à l’effondrement du bolivar, de nombreux Vénézuéliens avaient trouvé dans Bitcoin un outil de survie. La cryptomonnaie, selon elle, est passée du statut de simple aide humanitaire à celui de véritable moyen de résistance contre la corruption et l’hyperinflation. Elle envisage même que le Bitcoin puisse un jour faire partie des réserves nationales d’un Venezuela redevenu démocratique, contribuant ainsi à restaurer la richesse spoliée par la dictature. Cette prise de position a été largement saluée par les acteurs du secteur crypto. Jeff Park, directeur des investissements chez ProCap, a souligné qu’il s’agissait de la première fois qu’un lauréat du Nobel de la paix était un “Bitcoiner”. Bradley Rettler, de l’Université du Wyoming, a quant à lui applaudi la vision de Machado, estimant qu’elle incarne parfaitement le concept de “resistance money”, une monnaie libre de tout contrôle autoritaire.
Les jumeaux Cameron et Tyler Winklevoss, fondateurs de la plateforme Gemini, défendent depuis plus d’une décennie la thèse du Bitcoin comme “or 2.0” — une réserve de valeur numérique capable de rivaliser avec le métal jaune. Leur conviction repose sur trois piliers : l’offre limitée de 21 millions de BTC, sa portabilité mondiale et sa résistance à l’inflation. Selon eux, ces caractéristiques font du Bitcoin un actif supérieur à l’or dans un monde où les devises fiduciaires sont continuellement dévaluées. C’est sur cette base qu’ils avancent une prévision audacieuse : un Bitcoin à 1 million de dollars, portée par les flux de FNB, la demande institutionnelle et l’adoption croissante par les États. Pour les jumeaux, la comparaison avec l’or est plus qu’une métaphore : ils estiment que si Bitcoin atteint la parité de valeur avec le marché de l’or (environ 10 000 milliards $), son prix pourrait grimper à 500 000 $, voire 1 million $ si les États commencent à l’intégrer dans leurs réserves stratégiques. Cette hypothèse s’appuie sur des tendances concrètes — régulation plus claire, adoption par des pays comme El Salvador, afflux massif vers les FNB Bitcoin — qui consolident son rôle d’actif de réserve mondial. Comme l’or après l’apparition de ses premiers FNB en 2004, Bitcoin pourrait connaître une phase de croissance soutenue sur plusieurs années. D’autres experts comme Arthur Hayes ou Tom Lee jugent les projections plus réalistes entre 200 000 $ et 250 000 $. Mais malgré ces doutes, l’idée d’un Bitcoin mondialement adopté gagne du terrain. Des figures majeures comme Brian Armstrong (Coinbase), Jack Dorsey (Block) et Cathie Wood (ARK Invest) anticipent tous un Bitcoin dépassant le million d’ici 2030, confortant ainsi la prophétie des Winklevoss : le Bitcoin, “or 2.0”, pourrait bien devenir la monnaie refuge de l’ère numérique.
Les Investissements Rivemont, gestionnaire du Fonds Rivemont crypto.
Les renseignements présentés le sont en date du 14 octobre 2025, à moins qu’une autre date ne soit mentionnée, et à titre d’information seulement. Ils proviennent de sources que nous jugeons fiables, mais non garanties. Il ne s’agit pas de conseils financiers, juridiques ou fiscaux. Les investissements Rivemont ne sont pas responsables des erreurs ou omissions relativement aux renseignements, ni des pertes ou dommages subis.



